Avant-Propos
Pour répondre a cette commande, j’ai dû au préalable faire une sélection dans mes plantages, bides et ratages successifs. J’ai pour eux tous une tendresse particulière. J’ai du faire un choix. « Le retour à Salimabougou » est un bel échec retentissant ; une foirade prenant racine d’un chaos généralisé. Il est né d’une révolution internationale, l’inquiétude des proches, des enjeux géostratégiques et même du terrorisme international.
Même si, j’en reparlerai plus tard, la situation fut beaucoup plus dramatique pour d’autres que pour moi. C’est à eux que je dédie cette soirée, à Vincent Delory et Antoine De Léocour tués le 8 janvier 2011 quelque part, entre le Niger et le Mali dans des circonstances encore troubles.
Je vais donc vous parler d’un spectacle qui ne verra sans doute jamais le jour. Je vais vous raconter qu’il prit sa source sur les pavés lillois en juin 2003, à son élaboration dans la brousse sahélienne, et son piteux achèvement au quai d’Orsay à Paris.
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Même si, j’en reparlerai plus tard, la situation fut beaucoup plus dramatique pour d’autres que pour moi. C’est à eux que je dédie cette soirée, à Vincent Delory et Antoine De Léocour tués le 8 janvier 2011 quelque part, entre le Niger et le Mali dans des circonstances encore troubles.
Je vais donc vous parler d’un spectacle qui ne verra sans doute jamais le jour. Je vais vous raconter qu’il prit sa source sur les pavés lillois en juin 2003, à son élaboration dans la brousse sahélienne, et son piteux achèvement au quai d’Orsay à Paris.
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Résumé
C’est un voyage dans l’histoire d’une création qui ne verra jamais le jour. L’auteur se perd, déconstruit son récit, lit, se délit, revient aux origines, sa mythologie. C’est aussi un parcours ludique dans l’histoire contemporaine.
Distribution
Conception et texte : Gérald Dumont
Extrait
Alors, avant le feu crépitant, l’odeur de viande grillée, température extérieur de 19 °C, presque pleine lune noyant la brousse dans un halo de lumière fantomatique et « Guarda che luna »… il y eu le 8 Janvier 2011.
Je suis à l’Aéroport d’Alger, en escale pour Bamako. Pour la deuxième année consécutive, je repars au Sahel. L’avion a du retard, beaucoup de retard. Des hommes en armes circulent dans l’aéroport. Il y a une certaine tension. Deux jours auparavant, les émeutes d’Oran se sont étendues à plusieurs villes algériennes et cette nuit, c’est dans le quartier de Bab el Oued que des échauffourées violentes ont eu lieu entre les jeunes et la police. El Watan montre en première page des photos de rues incendiées et en page intérieure, un plan d’Alger avec les quartiers émeutiers. Personne ne sait, ni même n’imagine que ce qui se trame ici est le premier signe de ce que l’on appellera le Printemps Arabe. Pourtant, Mohamed Bouazizi s’était immolé 3 semaines avant à Sidi Bouzid avant de décéder le 3 janvier.
C’est déjà le bordel ambiant en ce janvier 2011. Algérie, Tunisie, Côte d’Ivoire, AQMI , Egypte. Tout se tient en deux mots : pouvoir et argent.
Et c’est partout pareil.
Et je ne peux résister de citer Kamel Daoud, journaliste au quotidien d’Oran.
« Depuis la préhistoire, le chef de l’Etat c’est celui qui divise la carcasse de la vache à manger. Les hommes ont beaucoup changé mais pas leurs estomacs. Quand les gens vous demandent la liberté, installez le piège à oiseaux : dites-leur « sélectionnez dix parmi vous et on va négocier. » Ils mettront dix ans à s’entendre. Il faut installer la peur : pas celle qui vous fera craindre mais celle qui fera craindre le peuple de lui-même : apprenez aux riches à avoir peur des pauvres, aux pauvres à détester les gens qui leur ressemblent et les gens qui sont riches, dites aux minorités que la majorité veut les manger et dites à la majorité que les minorités sont des gens venus d’ailleurs. N’apprenez pas aux gens à avoir peur du policer, ils se révolteront. Apprenez au flic à avoir peur des civils, il les frappera mieux et sans ordres. Pendez un riche chaque trois ans et dix pauvres chaque vingt ans.
Et quand tout le monde soupçonnera tout le monde, votre dictature sera la seule garantie. Il n’y pas mieux pour que les gens vous demandent de rester, même assis sur leur dos! »
Je suis à l’Aéroport d’Alger, en escale pour Bamako. Pour la deuxième année consécutive, je repars au Sahel. L’avion a du retard, beaucoup de retard. Des hommes en armes circulent dans l’aéroport. Il y a une certaine tension. Deux jours auparavant, les émeutes d’Oran se sont étendues à plusieurs villes algériennes et cette nuit, c’est dans le quartier de Bab el Oued que des échauffourées violentes ont eu lieu entre les jeunes et la police. El Watan montre en première page des photos de rues incendiées et en page intérieure, un plan d’Alger avec les quartiers émeutiers. Personne ne sait, ni même n’imagine que ce qui se trame ici est le premier signe de ce que l’on appellera le Printemps Arabe. Pourtant, Mohamed Bouazizi s’était immolé 3 semaines avant à Sidi Bouzid avant de décéder le 3 janvier.
C’est déjà le bordel ambiant en ce janvier 2011. Algérie, Tunisie, Côte d’Ivoire, AQMI , Egypte. Tout se tient en deux mots : pouvoir et argent.
Et c’est partout pareil.
Et je ne peux résister de citer Kamel Daoud, journaliste au quotidien d’Oran.
« Depuis la préhistoire, le chef de l’Etat c’est celui qui divise la carcasse de la vache à manger. Les hommes ont beaucoup changé mais pas leurs estomacs. Quand les gens vous demandent la liberté, installez le piège à oiseaux : dites-leur « sélectionnez dix parmi vous et on va négocier. » Ils mettront dix ans à s’entendre. Il faut installer la peur : pas celle qui vous fera craindre mais celle qui fera craindre le peuple de lui-même : apprenez aux riches à avoir peur des pauvres, aux pauvres à détester les gens qui leur ressemblent et les gens qui sont riches, dites aux minorités que la majorité veut les manger et dites à la majorité que les minorités sont des gens venus d’ailleurs. N’apprenez pas aux gens à avoir peur du policer, ils se révolteront. Apprenez au flic à avoir peur des civils, il les frappera mieux et sans ordres. Pendez un riche chaque trois ans et dix pauvres chaque vingt ans.
Et quand tout le monde soupçonnera tout le monde, votre dictature sera la seule garantie. Il n’y pas mieux pour que les gens vous demandent de rester, même assis sur leur dos! »
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