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Mme Simonidsé :
Suis-je donc si laide, Katioucha ou dejà si vieille ?
Katioucha …

NOIR / LUMIÈRE
l'Homme et Catherine se mettent en place. L'homme tend le bouquet à Mme Simonidsé.


Catherine :
Jeune, Maman était plus belle que ma soeur et moi.

Mme Simonidsé :
Interlaken, Baden-Baden, Nice, Florence !...

Catherine :
Il y avait sans cesse des fleurs dans nos chambres de passages.
Je me sentais chez moi à Paris comme au Bodensee. Une femme de chambre nous suivait des plages du nord aux pentes du Vésuve.

Mme Simonidsé :
Suis-je donc si laide, Katioucha, ou déjà si vieille ?

Catherine :
Deux fois l’an, il fallait être à Paris.

Mme Simonidsé :
Comprends-tu, mon enfant, C’est chez Worth qu’il faut s’habiller. Et jamais ailleurs.

Catherine :
Maman était entourée d’un halo de passion.
Tous les hommes lui envoyaient des bouquets, la conduisaient au théâtre, et la regardaient tous de la même façon.

Mme Simonidsé :
Il y en avait qui m’avaient suivie d’Isola Bella à Ostende. Hommes jeunes et oisifs qu’un regard faisaient pâlir. Officiers autrichiens ou anglais, hommes d’affaires du monde entier, jusqu’au prince égyptien avec lequel on avait parcouru la riviéra italienne.



Catherine :
Maman rencontrait parfois en suisse des compatriotes, ou tout du moins des russes, qu’elles connaissait, de la bas. Des étudiants, des professeurs, des médecins. Des gens graves, assez mal tenus, véhéments. Ils avaient de longues conversations.
Elle ne croit pas en Dieu.
Elle me raconte souvent comment…

Mme Simonidzé :
…les prêtres vivent de la crédulité publique, et en Russie c’est le tzar qui les commande, qui est une espèce d’idiot, l’idiot le plus riche de la terre, et une brute extraordinaire.
La preuve qu’il n’y avait pas de dieu était que le révolutionnaire qui voulait en débarrasser la Russie n’arrivait pas à le tuer, comme il l’avait fait de son prédécesseur.
Le tzar ce jour là revenait de passer en revue. Les nihilistes l’attendaient dans plusieurs rues parce qu’ils ne savaient pas laquelle il emprunterait pour le retour.

Catherine :
La voiture impériale passe vers le soir. Il fait un temps superbe, avec un cosaque sur le siège à coté du cocher, et le tyran en costume d’officier du génie, le long du quai bordé d’hôtel de la noblesse. Malgré elle, le jeune paysan qui surgit tout a coup et qui jette une bombe dans les jambes des chevaux. C’est cette bombe là qui en avait fait du bruit en éclatant ! Le tyran n’avait rien, il était sorti du coupé en miette, dans la neige, dure encore sous le soleil de février, mais le cocher, le cosaque, des passants, les chevaux, étaient tués. Et l’homme qui avait lancé la bombe était traîné, devant lui, à demi assommé par la police. Comme le tzar va monter en traîneau, quelqu’un lui demande s’il n’est pas blessé : « Grâce à dieu, non ! » répond-il. Mais à ce moment surgit un autre paysan : « Ne dis pas encore grâce à Dieu ! »
Comme il a bien lancé la bombe, juste dans les pieds de l’Empereur. Alexandre est encore debout, mais sanglant, contre le parapet du canal, et tout autour de lui, il y a des cadavres ; comme une image de son règne, et des blessés rougissent la neige. Et le tzar dis : « J’ai froid ! » Les conjurés qui guettaient l’empereur étaient cinq hommes et une femme, là, dans la rue, avec les bombes ; sachant qu’ils donnaient leur vie en prenant celle du tzar. Comme ils avaient dû sentir battre leur cœur après la première bombe, quand Alexandre était apparu sain et sauf, tandis qu’a côté de lui tombait un garçon boucher qui portait une corbeille sur sa tête.

Mme Simonidsé :
La femme, c’était la comtesse Perovskaïa. Elle était enceinte. On ne la pendit point avec les autres : elle dut mettre au monde d’abord un enfant dont on ferrait un soldat du tzar un jour.
Quand l’enfant fut né, Alexandre III fit pendre la Comtesse…La comtesse Perovskaïa…